Selon une analyse situationnelle menée par l’ONG Cavoequiva de 2004 à 2005, sur un échantillon de 94 jeunes filles de 5 à 17 ans travaillant sur les marchés d’Adjamé, presque toutes les jeunes filles connaissent ou ont connu des situations de traite, d’exploitation de leur travail et sont exploitées sexuellement de jour et de nuit. La majorité des filles interrogées affirment qu’elles ont été confiées par leur famille à des tutrices pour être scolarisées et mises en apprentissage. Mais, ces jeunes filles sont placées comme servantes (vendeuses d’eau ou d’oranges, travaux domestiques, etc.). Elles ne perçoivent pas de salaires et sont victimes de maltraitance : violence psychologique, sévices corporels et/ou abus sexuels.
Suite à toutes ces difficultés, elles quittent le cadre familial (de l’employeuse) pour se retrouver dans la rue. Elles mènent alors des activités de façade telles que « tantie bagage » (porte-faix sur les marchés), vendeuses de sachets et d’eau. Elles dorment dans les marchés, aux abords des magasins et gares routières sans protection sur les tables dans le froid et sous la pluie. Elles y côtoient les garçons de la rue qui les violent et les initient à la drogue. Et c’est ainsi que sur cet échantillon de 94 mineures, 49% survivent dans la rue par la pratique d’une prostitution de ‘’survie’’.
En outre, une analyse situationnelle des facteurs de vulnérabilité socio-économique des jeunes filles victimes d’exploitation sexuelle face au VIH/sida a été réalisée en octobre 2015 par Alliance Côte d’Ivoire, le Ministère de la Santé et de lutte contre le sida, le PNLS (programme national de lutte contre le sida), le fond Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en collaboration avec l’ONG Cavoequiva, et deux autres ONG. Selon le rapport préliminaire de cette analyse situationnelle, 811 mineures entre 10 et 18 ans en situation d’exploitation sexuelle ont été interrogées. Il en ressort que 38% ont connu des situations de maltraitance, 41% ont été agressées dans les 12 derniers mois, moins de 8 sur 10 utilisent systématiquement les préservatifs. Par ailleurs, 69% d’entre elles évoquent la pauvreté comme raison d’exploitation sexuelle. Parmi les moyens d’information sur les IST, VIH/sida, les plus fréquemment cités sont les spots télévisés (31 %) et les campagnes de sensibilisation (21%).
Face à cette situation de vulnérabilité, de maltraitance et de violence qui touche prioritairement les mineures, en 2011, l’ONG Cavoequiva a mis en place un Centre de Transit Communautaire en vue de mettre fin aux cas de revictimisation. Il offre un cadre propice à la sécurisation, à la prise en charge et à la réinsertion familiale de ces jeunes filles victimes de traite et d’exploitation du travail.